La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

La prévention est bonne pour la santé... et pour les finances publiques

 


Jean-Claude DELNATTE

"Quand je me regarde, je me désole; quand je me compare, je me console". Cette citation ne semble pas pouvoir s'appliquer complètement aux politiques de prévention en santé conduites en France, selon deux rapports que la Cour des comptes vient de publier sur ce sujet.

S'agissant de la perte d'autonomie des personnes âgées, la Cour relève que notre pays se place au 1er rang des états européens pour l'espérance de vie à 65 ans mais rétrograde au 12ème rang pour l'espérance de vie sans incapacité. Cette situation est constatée alors même qu'une politique de prévention est définie, dans le plan «Vieillir en bonne santé: une stratégie globale pour prévenir la perte d'autonomie », présentée en janvier 2020, et que les financements qui lui sont consacrés, estimés à 1,5 Md€, sont conséquents. Des économies annuelles d'un montant équivalent pourraient être réalisées par l'assurance maladie grâce à un gain d'un an d'espérance de vie sans incapacité, d'après les calculs de la Cour qui analyse plus précisément les chutes, considérées comme un marqueur d'entrée dans la dépendance et un bon témoin de l'état de santé global de la population âgée. Celles-ci représentent la grande majorité des recours aux urgences pour un accident de la vie courante chez les 65 ans et plus, sont responsables de plus de 10 000 décès tous les ans et nombre d'entre elles pourraient être évitées. Leur prévention constituerait une source non négligeable d'économies pour le système de soins.

La Cour des comptes a par ailleurs examiné la politique de prévention à travers le cas de trois grandes familles de pathologies, les cancers, les maladies neuro-cardio-vasculaires, et le diabète, qui mobilisent aujourd'hui un quart des dépenses annuelles de l'assurance maladie, soit près de 50 Md€, pour déplorer là encore un bilan globalement médiocre, en dépit d'une politique affichée et malgré un niveau d'effort financier, représentant 0,63 % du PIB, proche de celui des États-Unis, du Royaume-Uni ou de l'Allemagne.

La Cour constate que les situations analysées, comparativement défavorables pour la France, ne sont pas imputables à l'insuffisance des financements, mais tiennent à d'autres causes, politiques, organisationnelles ou culturelles. Il n'y a pas de consensus sur les résultats à attendre. Une multiplicité d'intervenants, en particulier dans le domaine de la prévention de la perte d'autonomie, agissent souvent seuls et sans se concerter, malgré quelques progrès récents. La lutte contre les facteurs de risques est compromise par des hésitations politiques persistantes. L'organisation des soins primaires et le mode d'exercice professionnel et de rémunération sont peu favorables à une politique de prévention continue et efficace. Enfin la culture de santé publique reste insuffisante dans notre pays...

Ceux qui se préoccupent de l'évolution des dépenses de santé et du bon usage des deniers publics, tout en étant soucieux du bien être et de la qualité de vie de la population, trouveront cependant un motif d'espoir : en matière de prévention, comme dans d'autres domaines de la sphère de la santé, les solutions résident moins dans la croissance des moyens que dans l'utilisation efficiente de ceux qui sont déjà mis en oeuvre.

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