La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

La Covid, le comptable et les soignants

 

Yvan PÉRARD

Alors que, sous prétexte de covid, le « changement de paradigme » en matière de financement des hôpitaux est appelé à grand bruit par beaucoup, il n'est peut-être pas inutile de rappeler les objectifs poursuivis par la mise en place d'une allocation de ressources fondée sur la mesure du service effectivement rendu à la population.

Il s'agissait prioritairement de mettre un terme à une maîtrise comptable aveugle qui entérinait une répartition éminemment inégalitaire des ressources et à un fonctionnement interne de l'hôpital caractérisé par la dichotomie stérile des administratifs et des soignants.

Par la création des outils nécessaires à une gestion médicalisée de l'hôpital, devait se mettre en place un fonctionnement innovant, optimisant l'utilisation des deniers publics par l'émergence d'une communauté hospitalière rénovée.

Les résultats escomptés n'étant pas au rendez-vous, on aurait pu espérer que l'utilisation des outils de gestion (PMSI et ENCC) sous forme de T2A allait donner un nouvel élan à cette ambition d'un hôpital autonome s'autofinançant par sa production de soins.

L'instauration d'un tarif unique par pathologie devait en outre permettre une redistribution des ressources favorisant efficience et équité.

Il n'en a rien été.

En conséquence, la menace centralisatrice, notamment par transformation des ARH en ARS, a conduit à accroître le poids de la tutelle.

Progressivement, les établissements autonomes se transforment en services extérieurs de l'état.

L'élargissement envisagé du mécanisme de la dotation populationnelle des urgences à l'ensemble du financement hospitalier va achever ce processus et nous replonger quarante ans en arrière.

En outre, la complexité de la détermination de l'enveloppe nécessaire à la satisfaction des besoins de santé au terme d'un processus mi politisé mi médicalisé a toutes les chances de permettre le triomphe des lobbies et d'aboutir aux travers du passé: pléthore ici, pénurie ailleurs.

Quant aux établissements privés, faute de pouvoir définir a priori leur chiffre d'affaires, ce qui reviendrait à les nationaliser, leur avenir va s'éclairer. Ils vont voir revenir les patients qui avaient pris le chemin de l'hôpital public depuis l'instauration de la T2A.

Le gestionnaire hospitalier redeviendra ainsi le comptable matière riz pain sel de l'hôpital hospice et les soignants pourront reprendre leur lamentation stérile sur la contrainte économique, forme moderne de la fatalité des Atrides.

Peut-être seront ils cependant moins applaudis quand la ligne Remboursement de la Dette Sociale des bulletins de salaire ne fera que croitre et embellir pour alimenter la CADES dont la disparition était programmée pour 2009 et qui, aux dernières nouvelles, sera toujours gaillarde en 2042.

Sous de tels auspices, la fin du « quoiqu'il en coûte » et de son corollaire hospitalier « la garantie de financement » risque fort de voir l'hôpital public se réveiller avec une fantastique gueule de bois.

 

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