La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

La conférence des parties prenantes, de la théorie des entreprises à la pratique hospitalière

 

Bruno GALLET

Directeur des finances et du patrimoine du Groupe Hospitalier Paul Guiraud et de la Fondation Vallée

Afin de rompre avec le contexte de crise que connaît l'hôpital public, Emmanuel MACRON avait promis au printemps la tenue d'une « conférence des parties prenantes ». Notre nouveau ministre de la Santé, François BRAUN, a de son côté annoncé que celle-ci débuterait en septembre prochain avec l'objectif d'adopter des décisions en début d'année prochaine.

Même si les thématiques qui y seront abordées ne sont pas complètement arrêtées, on sait que l'objectif de cette conférence est de parvenir à un consensus sur trois grandes priorités de santé : l'accès aux soins pour tous, la prévention et la santé publique et l'organisation des professionnels pour un parcours du patient plus fluide et simplifié. On retrouve là des termes très génériques, derrière lesquels il est difficile de cerner l'ambition réformatrice des pouvoirs publics.

S'agissant de la composition de cette conférence, trois catégories d'acteurs sont mises en avant par nos gouvernants : les soignants, les soignés et les élus. On retrouve là un triptyque assez classique, qui consiste à valoriser les dynamiques propres aux territoires, les usagers, dans l'expression de leurs droits et les professionnels de santé, valeureux piliers du système de soins.

Si sur le fond, il est difficile de voir dans la démarche gouvernementale une quelconque originalité, en revanche, sur la méthode, une volonté de changement se dégage.

L'utilisation de la notion de partie prenante n'est pas anodine, loin de là. C'est une notion conceptuellement chargée, qui montre bien à quel point les pouvoirs publics ont pris conscience de la gravité de la situation actuelle et leur perplexité sur les décisions à prendre.

La théorie des parties prenantes est un concept utilisé en management stratégique des entreprises. Cette théorie est une méthode d'action conduisant à faire des choix en ayant conscience des interactions existantes entre l'entité considérée, son environnement et ses ressources. Selon Philip SELZNICK et Alain DESREUMAUX, cette méthode « construit progressivement des ensembles d'opportunités et imagine des trajectoires de développement dans un environnement rapidement changeant et partiellement imprévisible ». Le terme « partie prenante » lui-même est à l'origine anglo-saxon et vient du mot stakeholder , qui signifie un détendeur « holder », possédant un enjeu « stake ». C'est un néologisme agrégeant le terme stockholder , l'actionnaire et celui de shareholder , chargé de partager les bénéfices. Il s'agit donc d'une notion capitalistique qui seulement ensuite a été étendue à l'action publique.

De façon plus tragique, pour la doctrine, les parties prenantes sont les groupes d'individus qui sont indispensables à la survie de l'entreprise et sont consultés à une décision importante la touchant. On ne saurait mieux résumer la situation de l'hôpital public, au moment où, pendant la période estivale, huit établissements de santé ont dû fermer complètement leurs urgences sur une partie du mois d'août, du fait du manque de personnels. Gageons en tout cas que les professionnels de santé sauront faire entendre leurs voix, même discordantes.

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