La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

Investir ou dépenser ? Un choix de survie s'impose

 

Erwan OLLIVIER

Le monde de la santé est en crise, mais peut-on encore utiliser ce terme pour définir un phénomène qui dure depuis plus 30 ans ? Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel mais les difficultés récurrentes et sans fin des secteurs sanitaires et médico-sociaux contredisent la célèbre citation. Rien ne semble pourvoir enrayer cette spirale infernale, pas même les milliards du Ségur.

Dans le cadre du Ségur de la santé, les revalorisations salariales de 10 Milliards d'euros ne semblent pas avoir mis fin aux mécontentements, aux difficultés de recrutement et de fidélisation des personnels, aux fermetures de services, aux problèmes financiers... Dès lors, l'attribution de ces milliards en exploitation a-t-elle répondu aux attentes d'un progrès du secteur pour les patients et les personnels ? A cette question, n'y a-t-il pas confusion entre dépenser et investir ? La différence fondamentale entre les dépenses et les investissements est la plus-value créée dans la durée. L'investissement génère son remboursement par le temps, la dépense est la simple utilisation des euros en échange d'une contrepartie immédiate. Les chèques versés tempèrent les mécontentements audibles mais ils sont vite oubliés et insuffisants si le quotidien ne change pas également.

L'hôpital nécessite un investissement immobilier majeur pour garantir l'accueil des patients mais également permettre l'amélioration des conditions de travail et revoir les organisations dans des lieux fonctionnels et optimisés. Nombre d'hôpitaux sont obsolètes et ne sont plus adaptés aux attentes pour répondre au défi d'un système de santé performant. Les unités de soins de moins de 30 lits sont à repenser pour atteindre une masse critique qui améliore les dialogues sociaux et de gestion, deux sujets liés dans la notion de performance.

Les 10 Milliards d'euros annuels du Ségur sont l'équivalent financier des moyens de reconstruction intégrale de 10 CHU par an, soit sur 3 à 4 ans, les capacités financières de rebâtir tous les établissements publics des grandes métropoles françaises. En parallèle de ces 10 milliards d'euros annuels dépensés en exploitation, le Ségur de la santé prévoit effectivement un volet investissement de 19 milliards mais sur 10 ans dont « seulement » 10,5 pour l'immobilier (la différence étant consacrée au désendettement et au numérique). Cela représente ainsi 1,05 Milliards d'euros par an. Dans cette trajectoire de financement, c'est une éternité à attendre pour espérer changer les lieux d'accueils et les conditions de travail. Les patients et les personnels sauront ils attendre mais surtout le peuvent-ils ?

Le système de santé français vient de percevoir un effort financier historique mais l'orientation choisie des moyens budgétaires vers l'exploitation n'est-elle pas déjà vaine ? Les dépenses nouvelles attribuées dans les rémunérations n'ont pas eu les effets escomptés. Le sujet d'un investissement immobilier massif est primordial pour les patients et les personnels. Les chênes de Colbert dans nos forêts françaises ne sont pas sortis de terre en un an mais c'est l'investissement d'un jour qui a donné les fruits aux descendants.

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