La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

Cliniques, hôpitaux, dans le même bain ?

 

Raoul TACHON

La campagne tarifaire 2024 s'ouvre sur une nouveauté : un découplage sans précédent des augmentations tarifaires accordées aux établissements privés et publics. L'évolution tarifaire des GHS est généralement voisine entre le secteur « ex OQN » (cliniques privées et quelques EBNL) et le secteur « ex DG » composé des ESPIC et hôpitaux publics. Ainsi en 2023, les tarifs des ESPIC et hôpitaux ont augmenté de 6,9% et ceux des cliniques privées de 5,3% en se basant sur une hypothèse de progression des volumes de 0,7% dans les deux secteurs. De facto, la progression des volumes a été supérieure dans les cliniques privées et dans beaucoup d'ESPIC.

En mars 2024, le ministère a annoncé une augmentation des tarifs fortement différenciée entre les secteurs: 4,3% pour les hôpitaux et ESPIC et 0,3% pour le secteur privé lucratif. L'hypothèse de progression des volumes est de 2,5% tous secteurs confondus.

Sur fond d'atténuation des pénuries d'effectifs et de réouverture de lits, l'activité mesurée en volume de séjours MCO est -enfin ! - plus forte en 2023 qu'en 2019. Mais sur les quelques 783 000 séjours supplémentaires réalisés dans cet intervalle, surtout entre 2022 et 2023, 60% l'ont été dans des cliniques privées, 30% dans des ESPIC et 10% dans les hôpitaux publics avec un dynamisme retrouvé en 2023 pour le privé. A quoi attribuer ces écarts ? L'analyse reste à faire. Les pénuries de personnel n'ont épargné aucun secteur. En revanche, les quelques 40 000 médecins libéraux exerçant en cliniques privées ne peuvent pas se permettre une stagnation prolongée de leur activité qui impacte directement leurs revenus.

Faut-il pour autant pénaliser ce secteur avec des augmentations tarifaires inférieures à l'inflation ? Les quelques 150 000 salariés des cliniques privées, moins rémunérés que leurs collègues du public, attendent la mise en application de « l'avenant 33 » à leur convention collective dont le coût est estimé à 450 M€, montant supérieur au bénéfice de l'ensemble des établissements privés. Depuis le Ségur 1, le privé dans son ensemble, cliniques et ESPIC confondus, court après les augmentations de salaires accordées aux hospitaliers qu'il est incapable de financer sur ses ressources propres. Il ne peut augmenter ses salariés qu'avec l'argent de l'assurance-maladie et ressent d'être servi après les autres, notamment pour les mesures récentes : Braun, Guérini...

La crise sanitaire a marqué une étape importante pour les cliniques : depuis 2020, les montants reçus au titre de la garantie de financement et les subventions des ARS sont supérieurs aux résultats nets. Le groupe Ramsay, premier opérateur privé, qui publie ses comptes, aurait été déficitaire en 2020, 2021 et 2022 sans la garantie de financement. Les cliniques partagent ainsi avec les hôpitaux la situation peu enviable de voir leur équilibre financier assuré à la petite semaine par la tutelle grâce à des mécanismes qui peuvent être remis en question sans préavis. Alors que les hôpitaux fusionnent, des cliniques disparaissent, ferment leurs urgences ou leurs maternités.

Ce n'est une bonne nouvelle pour personne, dans un contexte où les hôpitaux seraient bien en peine d'absorber un surcroit de patientèle significatif et alors que l'accès aux soins est une préoccupation majeure sur la quasi-totalité du territoire.

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