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Dans le n° 74 - Novembre 2013

Par Jean-Bernard MATTRET

Mots clés associés : Loi de Financement de la Sécurité Sociale

580 millions en moins, pourquoi ?

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2014 prévoit 580 millions € d'économies à réaliser par les hôpitaux. Pourquoi ?

Pour réduire les déficits et les dettes des administrations publiques. Pourquoi ?

Pour respecter les engagements européens d'équilibre des comptes inscrits dans le pacte de stabilité et de croissance pour la période 2013-2017 qui contribueraient à ne pas ralentir la croissance. Et de se fonder sur une étude de Carmen Reinhart et de Kenneth Rogoff dont les conclusions ont été contestées(1) .

Comment respecter les engagements européens d'équilibre des comptes ?

Par une réduction des dépenses plutôt que par une augmentation des cotisations sociales dans le cas de figure des hôpitaux. Est-ce la bonne méthode ?

Citée par le ministère de l'Economie et des finances en réponse au rapport public annuel de la Cour des comptes pour l'année 2013, une étude menée par le Fonds Monétaire International (FMI) en doute(2). A son tour, un rapport établi par McKinsey montre le contraire(3).

Alors, à quelle analyse se référer pour justifier les économies à réaliser au niveau des administrations publiques, parmi lesquelles les hôpitaux publics ? Plutôt au rapport McKinsey qui montre l'effet récessif liée à l'augmentation de la dépense publique en utilisant le même modèle mathématique que l'équipe dirigée par Olivier Blanchard mais en l'appliquant à des séries passées et non à des simulations, sur un échantillon plus large de pays et sur une période plus grande.

Notons, au passage, que la limitation des déficits dans les budgets de l'Etat et de la Sécurité sociale passe plus par la recherche d'économies que par l'augmentation de l'impôt ou des cotisations sociales.

Il reste que l'effet d'éviction se produit puisque la puissance publique a capté, en France, à peu près la moitié des ressources qui s'échangent sur les marchés financiers, soit environ 200 milliards d'€, chaque année, au cours des trois dernières années. Et dans le monde, environ 1/5 de l'épargne qui transite sur les marchés financiers soit 47 000 milliards de $ sur un total de 225 000 milliards de $(4).


Notes :

(1) Rogoff et Reinhart publient un erratum à leur étude sur la dette. Voir Les Echos du 10 mai 2013. Toutefois, comme le rappelle Carmen Reinhart, après régularisation de l'erreur, " ce qu'il faut retenir, c'est que quelle que soit la façon de prendre les données, vous aboutissez à une perte de croissance d'1 % lorsque la dette publique dépasse 90 %."

(2) Cour des comptes, rapport public annuel 2013 - La situation d'ensemble des finances publiques à fin janvier 2013. L'étude citée est la suivante : Successful Austerity in the United Stages, Europe and Japan, Nicoletta Batini, Giovanni Callegari et Giovanni Melina, document de travail du FMI, juillet 2012. Voir dans le même sens, l'étude conduite sous la direction d'Olivier Blanchard, économiste en chef au FMI : Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers, January 3, 2013.

(3) McKinsey - Financial globalization: Retreat or reset - Mars 2012.

(4) Idem, p.2.


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