La lettre des décideurs économiques et financiers des hôpitaux

ÉDITORIAL-ÉVÈNEMENT

Le retour de l'ennemi éternel de la santé : l'inflation

 

Dr Alain SOMMER

DG MOM - www.mompartners.com

Selon la Banque de France (Mars 2022), la hausse actuelle des prix se résorbera dans les 2 ans.

A très court terme, le coût des investissements augmentera et le pouvoir d'achat sera impacté. Les coûts de consommables sujets à marchés publics sont pour la plupart contenus. Les coûts de la nourriture et de l'énergie devraient suivre la préoccupante évolution générale.

La pérennité de l'inflation, une hypothèse forte, aura quant à elle un impact systémique. Les coûts des soins, le comportement des soignants et des patients, les décisions d'investissement et leur réalisation, les coûts des assurances maladie enfin seront impactés.

Tout d'abord adapter le cycle de financement.

Un observatoire des coûts de la santé montrerait l'ampleur et les impacts de l'inflation. Répercuter mécaniquement la hausse des prix des facteurs de production dans les tarifs ne sera ni suffisant (les coûts non gérés au niveau de l'utilisation des ressources sont subis) ni réalisable (les ressources actuelles ne sont pas extensibles).

L'inflation signe le retour des rapports de force. Dans les structures de soins, chaque type d'acteur imposera son prix en fonction de sa capacité de nuisance. Les oligopoles ne devraient pas trop souffrir. Mais les salariés et libéraux n'auront, si l'on n'y prend garde, d'autre solution que le conflit ou la fuite.

Les modes de fixation de l'ONDAM devraient évoluer pour éviter les dégâts causés par les prévisions erronées d'inflation. Pourquoi attendre 12 mois pour compenser les effets de l'inflation ? Tous les acteurs de la santé se sentiront lésés. La motivation des personnels, la qualité des soins et l'efficience des établissements sont en jeu. Distinguer les évolutions du coût de la vie des prix des autres intrants permettrait de limiter sans indexation automatique les conflits ouverts. 

Ensuite travailler sur les modalités de financement.

Si l'inflation des coûts est de 10%, le budget augmentera-t-il de 10% ? Qui payera et avec quelle soutenabilité ? Les efforts de gain d'efficience seront inéluctablement relancés par la contrainte budgétaire. L'inflation oblige à la performance. A terme, les circuits de financement seront mis en cause.

Attribuer des « enveloppes » en cascade est la pire des solutions.

D'abord, l'inflation modifie la part relative des facteurs de production. Elle condamne à précéder le changement.

Ensuite, les « primes inflation » et les mesures indifférenciées n'empêchent ni la démotivation ni le malaise social pour des résultats médiocres. Elles ne sont jamais suffisantes et s'appliquent indifféremment à des situations très diverses. Les micro-mesures ciblées permettent de mieux faire accepter et appliquer les mesures tarifaires.

Le financement à l'acte ou au séjour ou au chemin clinique accroit sa pertinence. L'amélioration de la qualité des soins ne peut se réaliser qu'en gérant le patient. Cela permettra de distinguer les effets « pertinence », » qualité », « volume », « productivité » et « prix », (dont l'inflation).

Les prix et les taux d'intérêt sont restés modestes pendant au moins 20 ans. Leur augmentation menace un système en partie financé par la dette et déjà en déficit.

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