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Dans le n° 111 - Mars 2017

Par Gérard de DARAN

Directeur d'hôpital

Professeur

IDM - EHESP - Rennes

Directeur des finances : un métier en mutation

Le Ministère des Affaires sociales et de la Santé, le Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) et l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) organisaient récemment 2 jours de réflexion et d'échanges sur les grandes évolutions que connaissent les métiers des directeurs d'hôpital, directeurs d'établissement sanitaire, social et médico-social et directeurs de soins actuellement et dans les années à venir. Au cours de ce séminaire, les nouveaux besoins de santé dans une approche territoriale renforcée, les nouvelles missions et responsabilités et les évolutions du métier de directeur en termes de compétences, de recrutement, de formations, de parcours professionnels et de management ont été abordés.

Le métier de directeur d'hôpital chargé des affaires financières (DAF) s'est déjà fortement enrichi depuis 2006 en abandonnant progressivement une gestion essentiellement budgétaire au profit d'une culture de gestion globale intégrant le pilotage financier pluriannuel.

Récemment, l'instruction du 4 mars 2016 a ainsi consacré le Plan Global de Financement Pluriannuel (PGFP) comme " l'outil de prévision budgétaire fondamental car permettant d'apprécier l'évolution de la trajectoire financière au cours, à minima, des cinq prochaines années ".

Un nouveau déplacement du coeur de métier d'un DAF a commencé : n'est-il pas condamné à l'innovation pour construire une trajectoire financière pluriannuelle porteuse de sens (cette obligation a été soulignée au cours du séminaire) au sein du territoire, nouvel espace qui lui est offert ? Au niveau du Groupement Hospitalier de Territoire (GHT), le dialogue de gestion infra-annuel en amont du dépôt des PGFP est encore balbutiant mais la diffusion aux établissements par les ARS d'une note de cadrage complétée des objectifs ciblés par établissement est imminente. La direction financière de l'établissement support deviendra, de fait, une direction financière territoriale pour construire " une trajectoire financière pluriannuelle GHT ". L'équation personnelle du titulaire du poste devra éviter les risques liés à la réduction des capacités d'initiatives des autres directions des finances, au risque de créer cette perte de sens.

Il convient en effet de créer un modèle permettant de financer l'intervention coordonnée d'équipes ou de communautés professionnelles fonctionnant en réseau dans des territoires. Si les outils de pilotage partagés entre l'ARS et les établissements permettent plus ou moins de cadrer et de coordonner les interventions des différents acteurs, la recherche de solutions communes devient l'enjeu. D'autant que le financement au parcours de soins généralisant le principe que " l'argent suit le malade " est à l'horizon. La trajectoire financière sera d'autant plus porteuse de sens que la répartition des financements entre les différents acteurs concernés, laissée sans doute à la négociation par territoire, permettra une réelle continuité de prise en charge à l'intérieur comme à l'extérieur de l'hôpital. Le Québec nous a donné un exemple avec la création des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS)

Et la " révolution numérique " doit venir en appui : Elle n'est pas un accessoire mais une donnée essentielle de la mutation. Le DAF (et le contrôleur de gestion) devront organiser et maitriser l'émergence de nouveaux métiers dans la gestion de la donnée.

Il restera enfin nécessaire de veiller à l'existence d'une marge suffisante permettant d'accompagner les transformations structurelles des établissements parties du GHT ou associés. Mais, comme l'a souhaité le docteur Philippe Denormandie au cours du séminaire CNG/EHESP précité, il faudra être transparent et afficher tout au long de cette trajectoire financière les liens entre résultats financiers et qualité des soins. L'efficience ne se mesure pas seulement en taux de marge brute, même à 8% ! C'est l'enjeu primordial, car c'est le patient qui organisera son parcours et, in fine, l'attractivité des établissements fournira la réponse à la question : la trajectoire financière au sein du territoire a-t-elle un sens ?



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