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Dans le n° 106 - Octobre 2016

Par Claude LE PEN

Mots clés associés : ONDAM, Politique hospitalière

Dépenses de santé : la France trop raisonnable ?

Les " Comptes Nationaux de la Santé " 2015 que vient de publier la DREES livrent une information qui, très curieusement, n'a pas reçu toute l'attention qu'elle mérite : l'année dernière les dépenses totales de santé en France, soit la bagatelle de 262 Mds€, se sont accrues moins vite que le PIB en valeur soit respectivement + 1,5% et + 1,9%. C'est totalement inédit et même historique. Il était courant d'enseigner en économie de la santé que l'élasticité revenu des dépenses de santé était de l'ordre de 2 : 1% de PIB en plus entrainait une croissance de 2% des dépenses de santé. Si cette tendance avait été maintenue, la dépense de santé aurait augmenté de près de 10Mds en 2015 contre un peu plus de 4,5Mds " seulement ". Cela est d'autant plus intéressant que ce ralentissement touche particulièrement la France qui recule dans la hiérarchie mondiale des dépenses de santé. Selon les données récentes de l'OCDE - dont l'agrégat est légèrement différent de celui de nos comptes nationaux - avec 11% du PIB consacrés à la santé, la France se situe désormais en 6ème position derrière les Etats-Unis - détachés seuls en tête avec 17% - la Suisse (11,5%), le Japon (11,2%), l'Allemagne (11,1%) et la Suède (11,1%). Certes, les écarts sont faibles mais un dixième de point de PIB représente plus de 2 milliards d'euros ! En 2000, la France avec 9,5% occupait le 3ème rang mondial derrière les Etats-Unis (12,5%) et l'Allemagne (9,8%). Entre 2000 et 2015, les dépenses totales n'ont ainsi progressé en France que de 1,5 point de PIB contre 4,4 points aux Etats-Unis et 3,5 au Royaume-Uni. Ce dernier pays, longtemps considéré comme frugal, tutoie désormais les 10% de PIB, soit un point de moins que la France alors que la différence dépassait les 3 points en 2000. L'évolution des dépenses de santé est liée à celle de la consommation de biens et services médicaux (CSBM) qui en représentent les trois-quarts, le reste couvrant les indemnités journalières, la formation, la recherche, les coûts de gestion, etc. Cette CSBM s'est accrue de +1,8%, soit également moins que le PIB. Les dépenses hospitalières (+1,9%) restent plus dynamiques que les dépenses de ville (+1,7%) tirées vers le bas par le poste pharmacie, le seul à connaitre une diminution en valeur absolue, et le secteur public continue de croitre plus vite que le secteur privé (+1,1%). Nous le disions plus haut les pouvoirs publics ont peu ou pas commenté cette performance économique qui marque pourtant le succès d'une politique volontariste de maîtrise des dépenses de santé. La Ministre, lors de la présentation des comptes, a préféré mettre l'accent sur la structure de financement et la faiblesse du " reste-à-charge " des ménages qui avec 8,4% de la CSBM est l'un des plus faibles - sinon le plus faible - d'Europe. On la comprend. La maîtrise des dépenses est mal vécue par le monde de la santé qui subit les effets des coups de rabot qu'elle entraine, notamment à l'hôpital. Par ailleurs, il n'aurait peut-être pas été très habile de se féliciter de cette " performance " au moment où le gouvernement, à travers la convention des médecins libéraux, la revalorisation du point d'indice de la fonction publique hospitalière et le relèvement de l'ONDAM à 2,1%, s'apprête - opportunément - à desserrer le carcan des comptes pour 2017...


Notes :


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